Reportage au campo : les élevages 2010 en photo

Sur la route des toros...

Lundi 8 mars, la neige qui a envahi les cols de la frontière espagnole n’aura pas eu raison de la commission taurine. Elle part pour quatre jours   la rencontre des ganaderos des élevages retenus pour la Temporada de Dax. De Salamanque   Madrid en passant par Séville, 3 500 km   travers l’Espagne pour l’une des dernières visites au campo avant l’embarquement du mois d’août.


Il faut 7 heures de route pour rejoindre la première finca. Les toros de la ganaderia Garcigrande, qui viendront pour la première fois   Dax le 11 septembre pour une corrida prestigieuse, ne sont qu’  quelques kilomètres au Sud de Salamanque. Le village de Alaraz se dresse au pays des encinas. Mi oliviers, mi chênes, ces arbres font partie du patrimoine espagnol. Dès l’arrivée, on comprend vite que les toros en sont les gardiens. Dans le paysage, ils semblent paisibles telles des tâches noires, et rousses mais en se rapprochant des enclos, les allures se font plus fortes et plus massives. La plazita couverte du ganadero Justo Hernandez est aussi l  pour nous ramener   la réalité du toro de combat. Elle n’a pas les allures de "La Glorieta", les arènes de Salamanque, et pourtant l’hiver, El Juli, Sébastien Castella y viennent tienter. « Ces toros conviennent aux maestros. Leurs charges douces leurs permettent d’exprimer tout leur art » explique le ganadero. La sélection débutée au mois d’octobre dernier a permis d’isoler huit toros pour la feria. « Un lot très homogène qui devrait satisfaire le public et les figuras » précise Justo. Avant que le commission ne reparte vers le sud, il confie : « L’occasion de venir   Dax ne m’a jamais été donnée. Maintenant qu’elle est l , je prends rendez-vous pour l’avenir ».

Les véhicules de la commission prennent   présent la route des cigognes. Direction le Sud de Salamanque vers la ganaderia de El Pilar. 100 km séparent   peine les deux fincas. Pour ce second rendez-vous de la première journée, la commission taurine est attendue par Moises Fraile et son fils. Ils sont l -bas tout l  haut, au bout du chemin gorgé d’eau, devant le portail de la maison familiale de « Puerto de la Calderilla ».   

 Le mayoral a déj  mis les 4x4 en route, et semble  pressé de montrer les animaux destinés aux arènes dacquoises. On va d’abord voir les toros du 16 août puis nous irons voir les novillos de la novillada piquée du 14 août. A présent le mayoral les a tous isolés pour les organisateurs dacquois. « Il est important de les voir tous réunis pour apprécier l’homogénité du lot » explique Christian Laborde, président d la commission taurine. « Les toros du Pilar sont tous très biens sortis l’année dernière. Pour 2010, on peut faire confiance   Moises » précise-t’il avant de révéler : « Sébastien Castella sera l . Il aime ces taureaux que l’on peut citer de loin. La meilleure adéquation avec son toreo de matador statique ». Il faut encore parcourir 250 Km pour rejoindre le petit hôtel   la sortie de Coria dans la province de Cacéres.

Deuxième jour.

   7h. Le percolateur résonne dans les couloirs de l’hôtel. Le café se prend dans une curieuse cafétéria aux allures de peñas. Des images de toros et de corridas sont au dessus du comptoir. Nous sommes au pays du Sorcier de Galapagar.

Victorino Martin et son fils, sont venus chercher la commission. Commence alors une longue route dans des chemins bordés de cailloux. Le Portugal n’est pas loin mais ici c’est comme un petit coin de l’Irlande. Les robes grises des Victorino se laissent apercevoir au milieu des rochers dressés comme des dolmens. L’enclos des toros du 14 août est tout proche. Leur énergie impose le silence. Il convient de respecter leur espace, leur territoire. Mais les bruits des 4x4 ont très vite raison de leur. Le numéro 91 ne le supportera pas. « Difficile de tienter avec un véhicule . Père et fils sont fiers de montrer une nouvelle fois ce lot. « Je suis convaincu que cette corrida est mieux construite que celle de l’année dernière » souligne le maître des lieux, Don Victorino Martin. Père et fils souhaitent montrer l’autre enclos, un peu caché, celui des novillos   « patas blancas ». C’est une race qui fait partie du patrimoine espagnol dont sortiront dans quelques années, des toros   l’encaste Vegavillar, aujourd’hui disparue. Un secret dévoilé que Victorino Martin souhaite présenter un jour dans les arènes de Dax qu’il surnomme « La Séville française ».

A présent direction l’extrême sud de la péninsule, vers Jerez de la Frontera, pour un déjeuner avec Don Lucas Carasco, héritier et ganadero de l’élévage Ana Romero. Ses parents ont acheté la propriété en 1958, et il y a dix ans   peine que l’homme de 35 ans a repris les rênes de la ganaderia perchée dans la montagne . Derrière son hacienda, perdue dans une végétation dense se cachent les toros d’Ana Romero. Les inondations qui font les titres du Diario de Cadiz, ont rendus les chemins impraticables. Seul le tracteur peut conduire la commission   proximité des toros de la corrida du 17 août. Ils sont bien l , sélectionnés avec le ganadero dans le respect des caractéristiques souhaités « Nous voulons montrer des toros bien faits mais pas exagérément bâtis » explique t’il. Avec seulement 3 corridas en France, et 2 en Espagne, Ana Romero sera cette année   Dax. C’est la première fois.
L’heure est venue de rejoindre l’hôtel   Dos Hermanas, en remontant vers Séville. Sur le trajet, Christian Laborde est attendu par Fermin Bohorquez. Cavalier et éleveur, l’homme possède un vaste domaine où sont déj  retenues les bêtes de la corrida de rejon. Le 15 août, le cavalier Fermin Bohorquez sera au cartel de la corrida de rejon avec ses toros.

 

 


Le troisième jour, il faut définitivement quitter le sud et remonter vers Albacete. De vastes collines gorgées d’oliviers bordent les routes sinueuses qui mènent au domaine de Daniel Ruiz. On ne peut la manquer. Sa couleur jaune détonne au milieu de la terre rouille ou s’épanouissent les oliviers. Cette-fois, les cavaliers des ganaderos ouvrent le chemin jusqu’  l’enclos des 7 premiers taureaux retenus pour la corrida d’ouverture du 13 août. Leur corral est vaste. Ce sont les cavaliers qui les consuisent jusqu’  la barrière. Une opportunité pour apprécier leur course rapide et leur fière allure. Mais, il en manque un qui n’a pas encore rejoint l’enclos et que le ganadero souhaite représenter   la commission. Il suffira de tourner la tête vers l’autre enclos pour en apprécier sa beauté. Il est blanc, « Jabonero ». Cette robe majestueuse contraste avec la terre sang, sa présentation et son port de tête ne laissent personne indifférent. « Je dois faire preuve d’une grande exigence pour satisfaire les arènes françaises. Le public y est très sérieux » précise le ganadero qui vend des sementales et des vaches aux plus grands noms. El Juli, vient de lui en acheter soixante-dix.

Avant la nuit, il faut remonter vers Madrid pour rendre visite   l’éleveur sorti en triomphe de la plaza dacquoise en 2008 : Don Victoriano del Rio, ganadero et propriétaire de Desgarbado aujourd’hui revenu sur ses terres. Les montagnes qui bordent la propriété font un nid   ces toros robustes. « L’indulto dans les arènes de Dax m’a procuré tant de bonheur.  

C’est une arène avec laquelle je vise l’excellence » murmure-t’il. Le mayoral guide la commission jusqu’aux enclos des bêtes retenues pour la corrida événement du 12 septembre prochain. Le cartel qui sera annoncé retient déj  l’enthousiasme du patron des lieux. « Avec une telle affiche, rêvons   un autre Desgarbado » précisera t’il avant de conclure avec humour et conviction : « Desgarbado a déj  près de 20 enfants magnifiques. Il faut voir comment ses novillos vont se comporter. Ce n’est donc pas pour cette année que l’on verra un de ses fils. Mais il est évident que sa descendance devra fouler un jour le sable des arènes dacquoises ». Madrid n’est pas très loin, tout juste au pied des montagnes, la commission fait ce soir sa dernière escale en Espagne.


Jeudi 11 mars, avant de définitivement retourner vers la France, rendez-vous est pris au petit matin avec Rafaël Finat, propriétaire de la ganaderia du Conde de Mayalde. Le sobrero sorti lors de la dernière corrida de la feria 2009 avait donné le frisson   tout le public. Cette année, la commission a voulu tout un lot. Les mayorales et le ganadero attendent au fond d’une vaste plaine qui ressemble   la steppe mongole. Le gel a figé toutes les ornières interdisant alors tout enlisement. La glace ne cède même pas sous le poids des sabots des toros encore revêtus de leur épais pelage hivernal. La commission se retrouve en plein milieu du troupeau. Ils semblent paisibles mais leur présentation fait preuve d’un grand sérieux. Rafaël et son petit chien chasseur ne peuvent être qu’enthousiastes. « La plaza dacquoise veut me faire confiance. Je ne fais pas plus de 4 corridas par an car je pratique une sélection draconienne pour perpétuer la race crée par mon grand-père ». Avant de quitter les lieux, le comte fera de l’humour «Si l’année dernière j’ai soit disant donné le toro de la feria, il va falloir préparer le mayoral   sortir en triomphe cette année ! ».

Il reste 800 km pour rejoindre Dax. A la frontière, la neige a disparu de l’autoroute. L’arrivée est prévue au début de la soirée.

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